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                        Paseo

 

 

Ma passion pour la tauromachie remonte à  l'enfance. Je suis tombée dans ce monde aussi naturellement qu'Obélix tombé dans la marmite, bébé.  Toute petite, mes parents m'emmenaient avec eux, aux arènes.

Cet univers m'est aussi familier, évident, nécessaire, que l'air et l'eau, le pain et le vin, les livres, la musique, toutes nourritures auxquelles on ne pense pas constamment mais dont on sait qu'elles vous sont indispensables et auxquelles, vos pensées vous ramènent malgré vous.

 

Un jour, j'ai su qu'il était temps pour moi de commencer à peindre sur le thème.

 

J'avais tergiversé de longues années, doutant de savoir faire, tétanisée par les chefs d'oeuvre de peintres que j'affectionne (Goya, Manet, Picasso, Bacon, Barcelo) d'une part, et l'accumulation d'oeuvres plus ou moins réussies, parfois tellement tartes, à mes yeux, que l'on voit exposées lors des ferias ou dans des galeries, beaucoup me paraissant si peu sincères que je reste persuadée qu'elles ne sont que reproductions d'images par des artistes n'ayant jamais ou si peu ressenti la moindre passion pour cet univers, si ce n'est celle, superficielle, d'une attirance pour une certaine esthétique.

 

Comment aborder le sujet sans le dénaturer, avec mon oeil, mon imaginaire, mon ressenti ? Il me semblait vain de vouloir reproduire la figure absolue du matador toréant sur la toile plane, surface statique, alors que la corrida est mouvement, parfois imperceptible, mais sur lequel se joue la vie.

 

Les tableaux poussaient leur corne en moi.

 

Les premiers, je n'ai su les imaginer autrement que comme de petits théâtres qui montreraient le grand jeu de la corrida qui n'est pas un jeu.

 

Ce qui m'attire aux arènes n'est pas essentiellement le drame du sang et de la mort, mais aussi le spectacle et ses à-côtés :  la feria, les spectateurs curieux, les petites scènes marginales et révélatrices de l'humain, en coulisses, dans le burladero, l'impuissance à n'être autrement que "spectateur", et comment les spectateurs que nous sommes transcendent cette déception en reproduisant, répétant, racontant la corrida en interminables tertulias passionnées, récits qui engendrent des possibilités infinies de rêves…

 

La complexité de la planète tauromachique me fascine et m'enchante.

 

Comme au théâtre, elle concentre sous les projecteurs, le combat central, tragique, mythique, solitaire et, en marge du cercle, des histoires pléthoriques, sans liens apparents, étrangères parfois au drame qui se joue sur le sable et véhiculées par chacun des spectateurs.

 

Ma peinture est un jeu des regards croisés.

La corrida me semble redoubler ce jeu.

Elle croise les croisements de regards.

Elle est une magie qui donne des désirs de vivre et donc de créer.

 

 

Corrida théâtre                    Pique théâtre

 

 

 

 

 

 

 

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