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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 10:00

Je republie un billet écrit en 2010, au sortir de visionner le film de Eastwood.

 

J'ai enfin vu "Invictus", le film de Eastwood, vendredi soir, en VO. J'ai aimé, beaucoup, pas totalement pour le film lui-même, qui n'est pas un de ses meilleurs, me semble t-il, mais pour les fenêtres ouvertes durablement dans ma tête et l'émotion pendant et... depuis.
Le premier choc a été la découvert de l'intégralité du poème de William Ernest Henley, écrit en 1875, dont je ne connaissais que les deux derniers vers :
I am the master of my fate
I am the captain of my soul.

Je comprends combien sa lecture a pu bouleverser Mandela au point d'y puiser l'un de ses fils conducteurs, tant les mots semblaient écrits pour lui qui pourrissait au fonds de l'abîme (et pourtant il s'agissait pour W. E. Henley de conjurer la douleur de l'amputation qu'il venait de subir)... Mais les mots de ce court poème touchent au sublime parce qu'ils sont universels et leur pouvoir en devient exceptionnel.

Out of the night that covers me,
Black as the Pit from pole to pole
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have no winced nor cried aloud.
Under the bludgeoning of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not haw strait the gate,
How charged with punishments the scroll
I am the master of my fate
I am the captain of my soul.

Pour en revenir au film, les acteurs sont magistraux, Freeman, tout particulièrement, est bluffant dans le rôle de Mandela. J'ai adoré les scènes de rugby, la façon dont elles étaient filmées - avec ces effets de chocs - qui nous propulsent physiquement dans l'image.
J'ai aimé, par dessus tout, la sobriété, la retenue qui accompagnent, habitent ce film, tout au long... une forme de dépouillement qui culmine avec la séquence dans la cellule, une scène absolument bouleversante - j'ai pleuré, pleuré - et ce poème, donc... re-larmes.

Cela m'a rappelé un passage du roman de Romain Gary "Les racines du ciel" dans lequel un homme, emprisonné, surmonte l'épreuve en conservant en lui une image qu'il appelle à lui lorsque le désespoir le saisit : celle d'éléphants en liberté, se mouvant dans la savane.

J'ai aussi pensé à un autre livre lu plus récemment "La cage aux Lézard" de Karen Connelly, qui raconte également une histoire de résistance humaine, celle de Teza, un jeune chanteur birman qui croupit dans une prison de haute sécurité à Rangoon à cause du pouvoir des mots, ceux de ses chansons qui effraient tant la dictature Birmane, et comment ces mots vont quand même, en dépit de tous les empêchements, s'échapper de la "cage".

La leçon de ce film, c'est peut-être, in fine, comment défendre un idéal humain, alors que l'humanité se dérobe ?
Ce film va rester en moi, je n'oublierai pas... Ni les mots du poème, dont voici une traduction
passable : 


"Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je n'ai pas gémi, ni pleuré,
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu d'opprobre et de pleurs
Je ne vois qu'horreur et ombres,
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme,
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme."

 

Se souvenir d'un SOURIRE merveilleux  !

 

 


 

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