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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 19:33

 

 

L’art autorise-t-il tous les excès ?

 

J’étais plongée dans le remarquable (privilège des surprises) « L’art face à la CENSURE cinq siècles d’interdits et de résistances » (Paris Beaux Arts Editions, 2011)  de Thomas Schlesser, un livre passionnant que je vous recommande, quand j’ai reçu un appel énervé et offusqué de maman, occupée à signer des pétitions en vue d’obtenir la déprogrammation de Golgota picnic, une pièce du dramaturge Rodrigo Garcia.

 

- Comment ? Je n’en avais pas entendu parler ? Le spectacle sera donné au Théâtre Garonne du 16 au 20 novembre, avant de récidiver au Théâtre du Rond Point à Paris.

- Ben… non…

 

J’ai calmé l’excitation croissant au bout du fil. 

J’ai posé mon livre et, curiosité exacerbée par la véhémence maternelle, me suis lancée dans une recherche sur le net.

 

Rien de tel qu’un extrait vidéo pour se faire une idée !

 

 

 

A moins qu’un esprit malicieux et lui-même provocateur, ne m’offre un billet d’entrée, ce n’est pas le genre de théâtre pour lequel je me déplacerais.

 

Si le but est de surenchérir dans l'outrance, il semble que l’objectif soit atteint avec l’orchestration de cette "crucifixion tragique et trash". Au théâtre du Rond Point, on estime qu’il s’agit d’une « épopée drôle, décalée, débordante » où « Jésus devient la cible, lui qui « multiplie la nourriture pour le peuple au lieu de travailler avec lui ».

En quelques mots se trouve résumé le style de l'auteur.

 

J'imagine que cette alliance de hauteur d'esprit et d'humour justifie, pour exister artistiquement, de faire appel à tout ce que l'art a produit d'excessif et de provocateur dans la 2ème moitié du 20ème siècle.

D'où ce pêle-mêle de fausse hémoglobine (ketchup dans hamburgers moins risqué que le sang), de nourriture répandue (nostalgie de La Grande Bouffe ?), nudités, exhibitions, sadomasochisme, poubelles, dégueuli de chair à saucisse et symbolisme appuyé (billets, croix, etc…) pour étayer le propos et l'on se demande si c'est pour insuffisance du texte ou idiotie du public puisque l'artiste se plaint de ce que "ses pièces sont toujours mal reçues (et qu') une bonne partie du public est bête".

 

Le résultat de ce déballage est finalement assez conventionnel puisqu'il n'y a là rien de nouveau esthétiquement parlant. N'est pas révolutionnaire qui veut.

Trépignements et barbouillages ne sont pas synonymes de génie.

 

Je n'ai jamais pensé que l'Art se doive d"être plaisant, confortable et beau.

Je souscris volontiers à la formule de René Char, justement mise en lumière par T. Schlesser à la fin de son essai :

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience."

 

Loin de moi l'idée de faire le procès d'une pièce que je n'ai pas vue !

Monsieur Garcia  a toute liberté de choisir "une approche absolument impudique afin de prouver que l'iconographie chrétienne n'est que terreur et barbarie". 

Je ne partage pas son point de vue (iconographiquement parlant, surtout).

La pièce apporte t-elle la preuve recherchée ? A vous de juger.

 

Je peux comprendre que des chrétiens se sentent outragés

 

Golgota picnic   Golgota picnic

 

Ce que je pense, c'est que la provocation ne souffre pas la médiocrité.

La surenchère gratuite dans la démesure n'est souvent qu'une façon de masquer le vide et la pauvreté du contenu.

Golgota picnic appartient-elle à cette catégorie d'oeuvres vides de sens et gonflées d'outrecuidance ? 

 

L'ironie est qu'il y a, quoi qu'on dise, dans cette oeuvre, un morceau de génie : si j'ai bien vu, le génie réside dans la "bande son" qui accompagne et rythme la pièce et qui n'est autre que "Les sept dernières paroles du Christ sur la Croix" de Haydn ! Que le pianiste soit nu, est d'un banal afligeant, à moins que ce ne soit encore l'expression d'une nostalgie, celle des années 70.

Quand je disais que nous frôlions le classicisme !

 

Néanmoins, si l'air vous plait, peut-être serait-il judicieux de s'en tenir à l'achat d'un CD chez un bon disquaire qui saura vous conseiller la meilleure interprétation ou espérer que cette merveille fasse l'objet d'un concert prochainement.

 

Pour conclure, repensant à cet irrespect de l'artiste pour la valeur de son public, je me demande si cette propension à créer pour des "ânes" ne revient pas à "prêcher dans le désert" ?

 

 

 

 

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commentaires

Cat 18/09/2011 20:24



@Pino : Si l'envie te prenait d'y aller, c'est tout en espagnol. J'aimerais bien avoir ton point de vue en toute sujectivité...



Pino 18/09/2011 14:48



Golgota Picnic, ça donne envie !



Cat 18/09/2011 19:37

L'auteur est malin. Il a compris que l'outrance et la provocation valent toutes les pubs du monde. A défaut de mieux, ça fait parler...